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Les écoles militaires de la IIIème République

L'étude était en défaveur, le café en honneur ; les officiers qui seraient restés chez eux pour travailler auraient été suspectés comme vivant en dehors de leurs camarades. Pour arriver, il fallait avant tout avoir un beau physique, une bonne conduite et une tenue correcte ; avec cela, dans l'infanterie, comprendre le service de l'officier comme celui du caporal et tenir correctement la main sur la couture du pantalon, les yeux fixés à quinze pas devant soi, en écoutant parler le colonel ; dans la cavalerie, réciter par coeur le littéral de la théorie et faire du passage dans la cour du quartier avec un cheval bien dressé ; dans l'artillerie, affecter le plus grand mépris pour les connaissances techniques (...) ; enfin, dans toutes les armes, être recommandé. Un nouveau fléau s'était en effet abattu sur l'armée et sur le pays : la recommandation !

Général Charles THOUMAS, Les transformations de l'armée française, vol. II, 1887, p. 636

Le problème de la formation des officiers est unanimement souligné par tous les grands généraux qui ont commandé en 1870-71. En réaction, de Cissey lance plusieurs actions destinées à réhausser le niveau intellectuel des cadres de l'armée. Deux revues militaires voient le jour, La Revue militaire de l'étranger (1872) et La Revue d'artillerie (1873). Il encourage également le développement de bibliothèques militaires dans les camps et dans les villes de garnison, et favorise les débats entre officiers. Par ailleurs, il soutient Ducrot en 1873 lorsque ce dernier décide de fonder une école expérimentale de formation des officiers au camps d'Avord.
L'expérience est de courte durée puisque l'école est fermée en 1880. Cependant, le modèle a porté ses fruits et trois écoles de formation des officiers voient le jour en 1881 et 1884. Saint-Maixent pour l'infanterie, Saumur pour la cavalerie et Versailles pour l'artillerie et le génie. Un concours permet aux sous-officiers avec au moins deux ans d'ancienneté, de pouvoir accéder aux formations. Après 11 mois de formation, les élèves sortent de l'école avec le grade de sous-lieutenant. Cependant ces écoles restent relativement fermées aux enfants d'ouvriers et de paysans. En effet, l'école accueille de plus en plus d'élèves ayant échoué à l'entrée à Saint-Cyr ou à Polytechnique, mais ayant suffisamment de connaissances pour obtenir les concours des écoles de sous-officiers comparables aux études primaires. Pour y remédier, le général André décide en 1904 que les adjudants ayant 10 ans de service pourront être nommés directement sous-lieutenants.
Les études tactiques sont également remises au centre des proccupations militaires. Spontanément, des officiers se réunissent pour discuter des causes de la défaites et de ses responsabilités. Leurs travaux sont encouragés par de Cissey et publiés dans le Bulletin de la réunion des officiers dans lequel les travaux du colonel d'Ardant du Picq, tué en 1870, sont remarqués par la publication des Etudes sur le combat (1876-1877). L'ouvrage est appelé à avoir une grande influence sur les études postérieures. De plus, Clausewitz fait son entrée dans les bibliothèques en 1883 au travers de la traduction du Précis de l'art de la guerre (1838).

les écoles spéciales militaires

Les écoles de sous-officiers élèves officiers

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Elève officier de l'école spéciale du Génie d'Angers
ouverte en 1894 avec le 6e Reg. du Génie.
Ph. Launay (succ. Maunoury)
Angers, 1894-1898


polytechnique

L'"X" ou école polytechnique a été fondée comme une école d'ingénieur en 1794 puis militarisée en 1804. Sous le Second-Empire, après une courte période d'hostilité au régime, elle rentre dans le rang en 1855. La période marque une "aristocratisation" de l'école, formant une élite administrative militaire. Le fonctionnement de l'école est interrompu pendant la guerre de 1870. Une partie des élèves et des professeurs est déplacée vers Bordeaux avec l'Ecole Normale.
Sous la IIIe République, Polytechnique continue d'être un vivier de hauts fonctionnaires, renforçant son élitisme. Les effectifs augmentent régulièrement pour atteindre 270 élèves en 1913.

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Elève polytechnicien
Ph. Eug. Pirou, Paris
Ap. 1884