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petite histoire de la photo-carte de visite

Le développement de la photographie correspond aussi à l'évolution des procédés photographiques et à leur simplification. Les premiers daguerréotypes sont apparus en 1839. Ils sont le résultat des recherches de Jacques-Mandé Daguerre et de Nicéphore Niepce (inventeur du principe photographique en 1826). Dans ce procédé, l'image positive est fixée dans une chambre noire sur une plaque de cuivre enduite d'une émulsion d'argent puis développée à la vapeur d'argent. Ce procédé est largement utilisé dans les années 1840 et 1850.
En 1851, Frederick-Scott Archer met au point un autre procédé. Celui-ci consiste à produire un négatif sur une plaque de verre. Posée ensuite sur un fond noir, elle devient un positif appelé l'embrotype. Pour cela, la plaque de verre est enduite de collodion humide Celui-ci est ensuite plongé dans un bain de nitrate d'argent et fixé sur un chassis étanche à la lumière. La prise de vue s'effectue ensuite dans une chambre noire portative et le tout doit se faire en un temps rapide. Le procédé a le mérite d'être plus économique que le dagerréotype mais nécessite beaucoup de soin de et de rigueur. Dans les années 1880, le développement du collodion gélatiné permet de simplifier le processus de développement. Au début du XXe siècle, le collodion est remplacé par une émulsion au gélatino-bromure d'argent.
Parallèlement à l'embrotype, Adolphe Martin développe le ferrotype dès 1852. Le procédé est le même. Seul le support change puisqu'il s'agit d'une plaque de fer. Procédé économique et bon marché, il est parfaitement adapté aux photographes ambulants. Plusieurs formats sont disponibles (carte de visite, portrait-bijou ou timbre-poste ce qui permet de faire plusieurs tirages sur la même plaque.

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Ferrotype d'un jeune élève d'une école vétérinaire*
format timbre-poste sur carte de visite. Dos vierge (ca. 1870-75 ?).

Idem (détail du portrait)


*Trois école de vétérinaires existent à cette époque : Lyon fondée en 1761, Maison-Alford en 1765 et Toulouse en 1828. Nantes n'est fondée qu'en 1979. Par ailleurs, c'est en 1890 que le baccalauréat devient obligatoire pour intégrer ces écoles. Notre portrait rprésente un adolescent de 14-15 ans ce qui permet de dater la carte d'avant cette date.

Le principe de la photo-carte de visite est apparu en 1854 découle de ces évolution rendant la photographie plus simple et plus économique. C'est le photographe parisien Disderi qui popularise le procédé en 1859 en créant une photo-carte de l'empereur Napoléon III.
Dès le début des années 1860, la photo-carte devient un phénomène de mode incontournable. Les studios photographiques se développent à Paris et en province. La photographie est d'abord développée sur un négatif en verre au collodion humide avant d'être tirée sur un papier albuminé. La photographie de 5,2cm sur 8,7 est ensuite collée sur une carte de visite de 6,2 cm sur 10,3 cm.
Le dos de la carte, d'abord vierge, sert ensuite à la publicité du photographe. Les informations contenues sur le dos sont à ce titre très utiles pour estimer l'époque de la photographie. En effet, les dos vierges indiquent en général une photo-carte "primitive". À la fin des années 1860, on y trouve un message simple indiquant le nom et l'adresse du photographe.
Dans les années 1870 et surtout 1880, la concurrence se fait sentir et les photographes redoublent d'imagination pour mettre en avant leur studio : décorum développé, indication de prix remportés à l'occasion d'expositions, calligraphie soignée et stylisée.

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1. Exemple de photo-carte "primitive"
Dos vierge (ca. 1865).

2. photo-carte de R. Albert Barbier, Second-Empire
Dos au nom des frères Cayol
Studio marseillais ouvert en 1868.

3. photo-carte des années 1870
Dos au nom de Bellingard
Studio de Lyon, ouvert en 1875
Photographe connu pour avoir
popularisé la fixation au charbon.

4. photo-carte des années 1880
Dos au nom des frères Blain
Studio ouvert à Valence en 1878
et à Romans en 1883.
Photo datée de 1889.


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Dos de carte de l'atelier Cayez Successeur à Lille
Datée de 1902. Influence art-déco très intéressante.


Echanger des portraits photographiques n'est pas une simple mode. C'est le symbole de la bourgeoisie triomphante d'une révolution industrielle qui bat son plein pendant la seconde moitié du règne de Napoléon III. Elle montre sa réussite et sa richesse, grâce à un procédé synonyme de modernité. Napoléon III se prête au jeu en acceptant en 1859 d'être représenté sur une photo-carte par Disderi. La photographie découle d'une mise en scène dans laquelle le sujet se met en avant et adopte une position volontaire et victorieuse.
Cependant la pause reste longue malgré les évolutions techniques et il est difficile pour le sujet de rester naturel tout en supportant l'attente dans une position qui ne l'est pas forcément.
L'engouement pour la photo-carte est lié aussi au culte du portrait, né pendant la révolution, et donne naissance à une "généalogie de l'image". En effet, les photographies sont conservées et collectionnées dans des albums familiaux. C'est dans ce même contexte que se développe la photographie post-mortem car ainsi, il est possible de conserver le souvenir visuel du défunt, accompagnant le deuil de la famille.