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La conscription (1818-1870)

Les acquis de la révolution et de l’Empire (1818-1870)

La période post-napoléonienne a souvent été décrite comme une forme de retour à l’ancien régime. Il n’en est rien.
D’un point de vu militaire, comme politique ou économique, c’est bien un mouvement de réforme qui occupe les premiers cabinets de Louis XVIII. La fin des guerres a entraîné aussi la fin des besoins militaires, mais les "ultras" ne peuvent finalement pas s'opposer au courant réformiste incarné par des anciens militaires de l'armée impériale et des personnalités proches des mouvements libéraux hérités des grands principes de 1789. C’est dans cet esprit qu’il faut comprendre la loi de 1818. En effet, Gouvion-Saint-Cyr, ancien maréchal d’Empire, rétablit sans le dire la conscription pour former une armée de 240.000 hommes. Le recrutement maximum est fixé à 40.000 hommes par an. La loi établit une conscription par tirage au sort avec possibilité d’exemption. Les jeunes doivent rester disponible jusqu’à l’âge de 20 ans en vue du tirage au sort. Les appelés doivent effectuer un service militaire de six ans. Après leur service, les sous-officiers peuvent rentrer chez eux, mais ils constituent une sorte de réserve pendant encore six ans (les « vétérans »).
La loi prévoit aussi un recrutement sur volontariat dès l’âge de 18 ans sous conditions (pas de repris de justice, répondre à des mensurations particulières).
Les exemptions sont possibles. Les séminaristes, en vertu du Concordat, sont dispensés de service. Il en est de même pour les enseignants ayant signé pour un service de 10 ans.
Il est également prévu un système de remplacement sous conditions (avoir moins de 30 ans, ne plus être sous obligation militaire).
Le rétablissement d’une conscription a mis de côté la Garde nationale reléguée à une simple police intérieure (et finalement supprimée entre 1827 et 1830 à cause de son opposition à Charles X). Gouvion-Saint-Cyr a aussi réfléchi à une meilleure organisation du haut commandement en établissant un Corps Royal d’Etat-Major chargé de la gestion des effectifs, un Conseil supérieur de la Guerre composé de maréchaux et de lieutenants généraux. Ainsi, la loi de 1818 est restée la base de la conscription jusqu’à la loi de 1872, mais avec des aménagements en fonction des besoins.
En effet, l'expédition d’Espagne, décidée en 1823, a nécessité un premmier aménagement de la loi. Dès 1824 l’armée est portée à 400.000 hommes avec un recrutement annuel de 60.000 hommes pour 8 ans. La « vétérance » est supprimée et les numéros non appelés forme une « réserve » et en 1829 le service est porté à 8 ans. La même année, le pantalon garance est adopté dans l'infanterie.
De plus, et c’est là le plus gros acquis de la Révolution, l’avancement est en grande partie basée sur le mérite, plus que sur les privilèges de la noblesse, définitivement relégués au passé. Cela n’a pas été sans provoquer une forte opposition des anciens émigrés revenus en 1814/1815 qui espéraient se voir réservés les postes d’officiers. Désormais, l’avancement est soumis à condition d’ancienneté et une part importante des promotions est réservées aux soldats de métier. Afin de favoriser cet avancement au mérite, plusieurs institutions de formation des officiers sont mises en places jusqu'en 1830 comme le Gymnase normal militaire (1821), fondation d'écoles élémentaires dans les unités pour l'instruction des soldats et ainsi leur permettre de prétendre à l'avancement.
Trois écoles assure la formation des officiers : l'école polytechnique (artillerie et génie), l'école spéciale militaire de Saint-Cyr (Infanterie et cavalerie) et l'Ecole des pages (cavalerie).
Le recrutement de l'école polytechnique reste basé sur concours. Par contre le recrutement à Saint-Cyr est réglé par une ordonnance de 1817, qui a rétabli l'Ecole. Seule la moitié des places sont proposées au concours. L'autre moitié est réservée à l'école de La Flèche dont les pensionnaires sont essentiellement des protégés du roi, souvent des enfants de familles nobles dont le père a été tué au combat.
En plus de ces grandes écoles, citons l'école d'application de l'artillerie et du génie à Metz qui reçoit des sous-officiers issus de Polytechnique. On trouve aussi l'école d'application d'état-major qui reçoit aussi des élèves de Polytechnique, qui ensuite intègrent le corps royal d'état-major créé en 1818. Enfin, l'ecole d'application de l'intendance remplace, en 1817, le service des anciens commissaires de guerre.
La réforme porte ses fruits : entre 1821 et 1831, 52% des nouveaux sous-lieutenants sont d'origine modestes. Cependant, les hauts postes de l'armée restent encore aux mains des familles nobles.
La Révolution de 1830 a entraîné un renouvellement important dans le commandement, favorisant le retour des bannis de la Restauration. Le maréchal Soult, ancien lieutenant de Napoléon, en faisait partie.
Associé au maréchal Jourdan, artisan de la conscription de 1798, ils décident un assouplissement de la loi de 1818 en réduisant à 7 ans la durée du service (Loi de 1832.
Le mode de conscription change assez peu ensuite. La loi de 1855 met fin au remplacement contre l’instauration des exonérations (seuls les classes aisées peuvent s’offrir ce luxe).
Cependant, la volonté d’une conscription universelle se développe, en particulier suite au choc de Sadowa en 1866. Napoléon III veut donner à la France un armée comparable à la Prusse. Malheureusement, la tentative échoue en 1867.
La loi Niel en février 1868 réduit le service à 5 ans par tirage au sort et 6 mois pour les autres. De plus, une garde nationale mobile est instaurée avec une formation de 15 jours. Cela ne suffit pas à contrer une armée prussienne mieux structurée et plus nombreuse lors de la guerre de 1870-1871. Cela explique l’accélération du mouvement de réforme au début des années 1870.

Vers la conscription universelle (1871-1914)

La catastrophe de 1870 a mis en lumière les lacunes de l'armée française. Le conseil supérieur de la guerre, mis en place par le général Cissey, ministre de la guerre en 1872, reçoit pour mission de définir les besoins de l'armée et de remédier à ces lacunes. La loi du 27 juillet 1872 instaure le service militaire obligatoire (5 ans) et une armée de réserve, enterrinant définitivement la fin de la Garde mobile ; les obligations militaires sont portées à 20 ans. Cependant le tirage au sort est maintenu pour des raisons matérielles ; en effet, les infrastructures sont insuffisantes pour accueillir le demi-million de soldats appelé dès 1872.
Par ailleurs, la loi de 1873 réorganise totalement la répartition de l'armée sur le territoire. 18 corps d'armée sont créés au sein des "régions militaires". La région militaire d'Alger vient compléter le dispositif dès 1874. Parallèlement, l'encadrement et la formation des sous-officiers sont redéfinis en 1875. Celle des officiers est revue en 1880 avec la création de l'école supérieure de la guerre.
La commission Cissey mise aussi sur une rationalisation des troupes. Les régiments inutiles, comme les lanciers, sont supprimés et remplacés par des dragons ou des hussards. Enfin, l'armement et l'uniforme connaissent des changements significatifs (voir photothèque).
Par ailleurs la France se couvre de régiments d'infanterie au point qu'en 1875, l'effectif militaire est reconstitué et dépasse celui de 1870, au grand dam de Bismarck.
L'uniforme connait quelques changements allant vers une plus grande rationalisation : la vareuse et le pantalon restent ceux de 1867 mais le numéro de régiment fait timidement son apparition sur les collets. Le shako en feutre continue de coiffer le soldat, bien que le képi se généralise lentement à partir de 1884.
La réorganisation et la modernisation de l'artillerie ont été également les gros chantiers des réformes militaires du début des années 1870. 38 nouveaux régiments sont créés dès 1872 dans tout le pays. Le 39e et le 40e sont créés en 1894. Enfin, entre 1910 et 1914, 22 régiments font leur apparition (41e au 62e) ainsi que 5 régiments d'artillerie lourde.
Parallèlement, les structures des régiments sont simplifiées par le décret du 20 avril 1872 : on passe de 30 à 11 bateries. Chaque corps d'armée reçoit sa brigade d'artillerie.
Les réformes sont poursuivies dans les années qui suivent : création de l'artillerie des divisions de cavalerie, de l'artillerie territoriale, du train des équipages, distinction de l'artillerie de forteresse et de l'artillerie de campagne pour les plus importantes. Par la suite les trains d'artillerie sont fusionnés avec l'artillerie. Douze batteries alpines sont créées en 1888 et rattachées au 6e et au 19e régiment d'artillerie. Enfin, l'artillerie de marine intègre l'artillerie coloniale en 1900.
Parallèlement à l'artillerie, il faut souligner le développement de nombreux services dans les armées, liées aux innovations technologiques de la fin du XIXe siècle : les unités de mitrailleurs dans l'infanterie, dans les services de santé, les unités télégraphistes, l'aéronautique, toutes étant signalées par des symboles cousus sur la manche de l'uniforme.
La démocratisation de la IIIe République pousse aussi vers la conscription universelle. La loi du 15 juillet 1889 étend encore le service militaire. Dès le début du XXe siècle, les uniformes de la troupe sont simplifiés, non seulement pour des raisons de commodité, mais surtout pour des raisons d'économie devant l'augmentation importante des effectifs sous les drapeaux. Dès 1902, le gouvernement du "petit père Combes" prépare la loi de conscription universelle, finalement votée en 1905 et complétée par celle de 1913 qui permet de donner à la France une armée de 880.000 soldats au moment de l'éclatement des hostilités en août 1914.


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