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Se souvenir de la guerre de 1870


En 1870, il y eut une grande guerre entre la France et l'Allemagne. Les soldats allemands étaient beaucoup plus nombreux que les nôtres. Ils avaient des généraux mieux préparés que les nôtres à la guerre. Ils avaient de meilleurs canons.

E. Lavisse, Histoire de France. Cours élémentaire, A. Colin, Paris, 1913, p. 159 [ En ligne]

honorer les morts...

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Tombe militaire d'un soldat allemand (Louestault, 37)

Dès la signature du traité de Francfort (10 mai 1871), la question du respect des sépultures est posée : "les deux gouvernements français et allemand s'engagent réciproquement à faire respecter et entretenir les tombeaux des soldats ensevelis sur leurs territoires respectifs" (Traité de Francfort, art. 16) ce qui laisse entendre que les Etats s'engagent à prendre en charge les sépultures des soldats et à entretenir un service mémoriel.
Cependant, les combats à peine terminés, ce sont les communes et les anciens combattants qui entretiennent le souvenir de la violence d'une guerre aux caractéristiques déjà modernes. 7% des communes font construire un monument dès l'année 1871. l'Eure-et-Loir, le Loiret, l'Eure, la Moselle et le Loir-et-Cher font figure de pionniers (Vendôme possède son monument dès juin-juillet 1871).
Cette volonté de garder le souvenir d'un lieu de bataille s'est doucement construite depuis la Révolution mais il faut attendre le milieu du XIXe siècle pour voir apparaître les noms des disparus sur les monuments. Après la guerre de 1870, le mouvement est d'abord spontané. La commune, l'Eglise ou un mécène prend en charge les frais de monuments rapidement construits afin de soulager la douleur des familles. L'élan part donc du local où la volonté de se souvenir du défunt est très forte. En France, l'Eglise est particulièrement à l'avant de ce mouvement mémoriel en organisant messes et fêtes du souvenir dans une France ou s'intalle l' "ordre moral" de Mac-Mahon et des légitimistes.
Dès 1872 les Etats allemands et français prennent en charge ce mouvement mémoriel. Le 2 février 1872, le gouvernement allemand fait promulguer une loi pour régler la question des sépultures françaises et allemandes en Alsace-Lorraine. Afin de ménager les populations fraçaises, les Allemands laissent ces derniers construire des monuments commémoratifs en l'honneurs des soldats français. De son côté, le gouvernement français, qui a la responsabilité de 132.000 sépultures, entame lui aussi les démarches visant à la prise en charge du mouvement commémoratif.
S'engage dès lors un vaste programme d'identification des lieux de sépulture (tombes individuelles, tumulus et fosses communes) qui sont marquées d'une croix en bois, les corps ne pouvant être déplacés avant un délai de cinq ans (loi du 23 prairial an XII / 12 juin 1804).
Les sépultures individuelles restent à la charge de la commune qui font entourer la tombe d'une cloture portant la mention de "tombes militaires".


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La loi du 4 avril 1873 accélère le mouvement. Sous la pression des propriétaires des champs comportant des sépultures, les autorités organisent des opérations de rassemblement des restes entre 1876 et 1880. L'Etat se porte alors acquéreur de terrains et d'espaces de sépultures dans les cimetières communaux pour commencer le regroupement des corps en application de la loi de 1873. La commune est chargée d'inhumer les soldats tués dans un espace de deux mètres carrés. L'Etat se charge ensuite de remplacer les premiers enclos par des enclos définitifs en fonte ornés d'une plaque portant la mention "tombes militaire/loi du 4 avril 1873". Ces enclos sont relativement standards et figurent dans tous les catalogues de fondeurs de l'époque. Les terrains comportant déjà des ossuaires se voient eux aussi ornés de monuments commémoratifs. 1400 communes ont été consernées et possèdent soit des monuments, soit une tombe. Sur le lieu des grandes batailles, des ossuaires surmontés d'un monument ont été aménagés.

...et honorer leur combat

Dans les années qui ont suivi la guerre, on voit se multiplier de véritables centres de "pèlerinage" liés au souvenir de la guerre. On peut citer en particulier le cas de Bazeilles dont la résistance héroïque a été érigée en modèle. Le site de la "maison de la dernière cartouche" résume à lui seul la philosophie recherchée dans le processus mémoriel de la guerre de 1870 : la défaite héroïque et le sacrifice malgré la supériorité de l'ennemi.

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Les institutions, en particulier l'école après 1881 entretient aussi la mémoire de 1870 suscitant l'héroisme et la reconquête de la fierté nationale. Les manuels scolaires et les livres pour enfants sont à ce titre particulièrement édifiants.


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E. Devinat et A. Toursel, Album d'histoire de France, coll. Histoire de France en images, ca. 1920, p. 32